Les classiques Disney de l'âge d'argent
L’âge d’argent de Disney, qui s’étend de 1950 à 1967, est une période charnière pour les studios. Après une décennie marquée par la guerre et des productions à moindre budget, Walt Disney revient à ses premières amours : les contes de fées, les personnages attachants, la magie du cinéma d’animation. Mais ce retour aux sources ne se fait pas sans risque. C’est même un véritable quitte ou double qui se profile avec Cendrillon. Et si le pari réussit au-delà des espérances, c’est toute une nouvelle ère qui s’ouvre pour le studio, entre innovations techniques, récits audacieux et personnages inoubliables.
Sommaire
- Contexte et renaissance
- Cendrillon (1950)
- Alice au Pays des Merveilles (1951)
- Peter Pan (1953)
- La Belle et le Clochard (1955)
- La Belle au Bois Dormant (1959)
- Les 101 Dalmatiens (1961)
- Merlin l’Enchanteur (1963)
- Le Livre de la Jungle (1967)
- Conclusion
Contexte et renaissance
À la fin des années 40, les studios Disney sont à bout de souffle. Les longs-métrages d’animation ont souffert des restrictions budgétaires liées à la guerre, et les productions n’ont plus le lustre d’antan. Mais Walt Disney ne renonce pas. Il veut relancer son empire en misant sur un film qui incarne les valeurs américaines de persévérance et de mérite : Cendrillon. Ce choix n’est pas anodin. Il s’agit du conte préféré de Walt, celui qui résume à lui seul toute l’essence du rêve Disney. Si le film échoue, le studio ferme. Si le film fonctionne, une nouvelle ère peut commencer…
Cendrillon (1950)
Sorti en 1950, Cendrillon représente l’ultime espoir de relance pour Disney. Adapté du conte de Charles Perrault, il raconte l’histoire d’une jeune fille maltraitée par sa belle-mère et ses demi-sœurs, qui voit sa vie bouleversée grâce à l’intervention magique de sa fée marraine. Plus qu’un simple conte, c’est un message d’espoir, porté par une animation fluide, des décors enchanteurs et une bande-son immédiatement culte, de “Tendre Rêve” à “Bibbidi-Bobbidi-Boo”.
Le succès est retentissant. Avec plus de 85 millions de dollars récoltés au box-office mondial, Cendrillon sauve littéralement les studios Disney de la faillite. Il signe aussi le début d’un âge d’or bis, entre tradition féerique et nouvelles ambitions artistiques.
Cendrillon est basé sur le conte de Charles Perrault. Maltraitée par sa belle-mère Lady Tremaine et ses demi-sœurs, elle voit son destin changer grâce à sa Fée Marraine. Transformée en princesse le temps d'une soirée, elle rencontre le Prince, mais doit partir avant minuit, laissant derrière elle sa célèbre pantoufle de verre.

De Hamilton Luske, Wilfred Jackson, Clyde Geronimi, avec Ilene Woods et Eleanor Audley
Alice au Pays des Merveilles (1951)
Après la réussite de Cendrillon, Disney décide d’oser l’expérimentation. Et quoi de mieux pour cela que d’adapter l’univers fou de Lewis Carroll ? Alice au Pays des Merveilles bouscule les codes du récit classique avec une succession de scènes absurdes, visuellement délirantes. On y retrouve le Lapin Blanc stressé, le Chapelier Fou déjanté, le Chat du Cheshire énigmatique et la terrible Reine de Cœur.
À sa sortie, le public est dérouté. Le film est un semi-échec commercial et critique. Pourtant, les années passeront et Alice deviendra culte, notamment auprès de la contre-culture des années 70. Aujourd’hui, il est considéré comme un ovni génial de l’animation.

De Hamilton Luske, Wilfred Jackson, Clyde Geronimi, avec Kathryn Beaumont et Ed Wynn
Peter Pan (1953)
Avec Peter Pan, Disney revient à un récit plus classique, plus héroïque. Le garçon qui ne veut pas grandir entraîne Wendy et ses frères vers le Pays Imaginaire, où fées, pirates, sirènes et enfants perdus cohabitent dans une aventure épique. Visuellement, le film impressionne par ses séquences de vol et ses décors exotiques, de Big Ben à la lagune aux sirènes.
Mais ce sont surtout ses personnages qui marquent : Clochette, jalouse et pétillante, et Capitaine Crochet, hilarant méchant à la fois cruel et ridicule. Le film est un succès, renforçant la réputation de Disney comme maître de l’évasion cinématographique.

De Hamilton Luske, Wilfred Jackson, Clyde Geronimi, avec Bobby Driscoll et Kathryn Beaumont
La Belle et le Clochard (1955)
Deux ans plus tard, Disney délaisse princesses et royaumes pour explorer les ruelles américaines avec La Belle et le Clochard. Cette histoire d’amour entre une cocker de bonne famille et un chien errant est un bijou d’émotion. C’est aussi le premier film Disney tourné en Cinemascope, offrant des cadres larges et immersifs.
La scène des spaghettis au clair de lune est entrée dans la légende. Plus sobre mais tout aussi touchant que les grands contes, ce film prouve que Disney sait aussi raconter de belles histoires sans fée ni baguette magique.
Ce film raconte l’histoire d’amour entre Lady, une chienne domestiquée, et Clochard, un chien errant. Leur dîner romantique sous les étoiles avec un plat de spaghettis est devenu l'une des scènes les plus emblématiques du cinéma.

De Hamilton Luske, Wilfred Jackson, Clyde Geronimi, avec Barbara Luddy et Larry Roberts
La Belle au Bois Dormant (1959)
Avec La Belle au Bois Dormant, Disney revient au conte majestueux et mise tout sur l’esthétique. Chaque plan est pensé comme une tapisserie médiévale, inspirée des enluminures du XVe siècle. La musique, quant à elle, est directement adaptée de Tchaïkovski, renforçant le caractère lyrique de l’ensemble.
Le film, très ambitieux, ne connaît pas le succès escompté à sa sortie. Il sera réhabilité plus tard comme un chef-d’œuvre visuel, et Maléfique, sa méchante, devient une icône à part entière de l’univers Disney.

De Clyde Geronimi, avec Mary Costa et Bill Shirley
Les 101 Dalmatiens (1961)
Disney change de registre avec Les 101 Dalmatiens. Fini les décors féeriques, place à un style plus contemporain, presque graphique, rendu possible par une invention majeure : la xérographie. Ce procédé révolutionne l’animation et permet de dessiner plus vite, plus efficacement, notamment dans les scènes avec les dizaines de chiots. Pongo et Perdita mènent une mission de sauvetage pour retrouver leurs chiots enlevés par la cruelle Cruella d'Enfer, qui veut en faire un manteau de fourrure.
Le ton est plus léger, l’humour plus présent. Et surtout, Cruella d’Enfer crève l’écran avec son style extravagant et son obsession démente. Le film est un triomphe, et prouve que Disney peut encore se réinventer.

De Hamilton Luske, Wolfgang Reitherman, Clyde Geronimi, avec Rod Taylor et J. Pat O'Malley
Merlin l’Enchanteur (1963)
Merlin l’Enchanteur revient au monde des légendes, mais avec une approche plus pédagogique. Le jeune Arthur, futur roi, est ici un élève distrait que Merlin tente d’éduquer par la magie. Le film enchaîne les transformations animales, les gags visuels, et les petits enseignements.
Mais si le ton est sympathique, l’ensemble manque parfois de cohérence. Le public suit, mais sans l’enthousiasme des précédents films. Ce Disney mineur montre que l’animation commence à perdre de sa priorité chez le studio, au profit des films live et du parc Disneyland.

Le Livre de la Jungle (1967)
Le Livre de la Jungle est un cas à part. Dernier film supervisé par Walt Disney avant sa mort, il mêle humour, action et musique dans une formule irrésistible. Les personnages sont charismatiques (mention spéciale à Baloo), et les chansons devenues cultes rythment parfaitement le récit, notamment “Il en faut peu pour être heureux”.
Le succès est total. Disney quitte la scène sur un triomphe. Le film devient la passerelle vers un nouvel âge de l’animation, celui de l’héritage sans le créateur.

De Wolfgang Reitherman, avec Bruce Reitherman et Phil Harris
Conclusion
L’âge d’argent de Disney est une époque de renaissance, de risques, mais aussi de magie retrouvée. C’est un âge où les studios expérimentent, innovent et consolident leur légende. Même si la fin de période montre des signes de fatigue, les films produits entre 1950 et 1967 forment un socle solide et profondément marquant dans l’histoire du cinéma d’animation.